Une dérive filmée en dispositif d'installation.
Un groupe de participants est placé face à une situation fictive de survie : perdus en mer, ils disposent d'une heure pour prendre collectivement une série de décisions. Filmée en un unique plan-séquence, la caméra saisit l'émergence des alliances, des conflits, des silences et des prises de pouvoir.
Au-delà du jeu, le dispositif révèle les mécanismes invisibles qui gouvernent la parole, l'écoute et la fabrication du collectif.
Le dispositif n’a pas pour objectif d’éprouver les participants, mais de créer les conditions d’une observation. En imposant un temps limité, un problème commun et l’absence de solution évidente, il fait émerger une organisation spontanée de la parole, de l’écoute et de la décision. Les positions se redistribuent, des formes d’autorité se construisent ou se contestent, des alliances apparaissent, tandis que les hésitations, les silences ou les interruptions participent pleinement à la dynamique collective.
Le film ne cherche pas à documenter la psychologie des individus, mais à rendre perceptibles les mécanismes relationnels qui traversent toute prise de décision en groupe. Le protocole agit comme un révélateur : il met en lumière des comportements ordinaires qui demeurent le plus souvent invisibles parce qu’ils se confondent avec le cours habituel des interactions.
Le montage resserre une heure d’expérience en quelques minutes afin de concentrer l’attention sur ces déplacements subtils de la parole et du pouvoir. Plus qu’un exercice de survie fictif, Perdus en mer propose une observation des formes d’organisation qui émergent dès lors qu’un collectif est placé face à la nécessité de décider ensemble.
Le film envisage ainsi le dispositif non comme un simple cadre de représentation, mais comme un instrument d’enquête : en fabriquant une situation, il rend observables les formes sociales qui s’y actualisent.